Intervention de Ludovic RAVANEL, accompagnateur de montagne, responsable
de l'école d'escalade des Gaillands, chargé de recherches au CNRS, sur les conséquences du réchauffement sur le permafrost.

L. Ravanel présente photos et vidéos qui illustrent les effets très néfastes du réchauffement climatique et des périodes de canicule de plus en plus fréquentes, entrainant nombreux écroulements de roches et de glace, non seulement dans notre vallée mais aussi dans les Alpes en général. Les événements récents sont les plus importants connus dans l'histoire des montagnes ; ainsi le 24/12/2011, dans le canton des Grisons, à côté du Pitz Badil, un énorme pilier s'est effondré provoquant une avalanche rocheuse de 5 km et de 3 millions de m3, constituant le plus important événement de ce genre depuis 1717 (date des dépôts d'écroulement dans l'ensemble du Val Ferret). A quelques kilomètres près, cet éboulement passait sur un glacier, accélérait et aboutissait plus loin dans un lac qu'il aurait vidé en provoquant un tsunami ... 2011 a été aussi marqué par d'autres événements exceptionnels en Alaska et en Nouvelle-Zélande.

Plus près de nous, dans les Alpes, en janvier 1997, 2,5 millions de m3 de roches de l'éperon de la Brenva se sont déstabilisés, provoquant une avalanche de 4 millions de m3 de glace et 1 de neige, descendant jusqu'en fond de vallée et remontant un peu sur le côté opposé, couvrant même de neige le versant italien du tunnel du Mont-Blanc et touchant une piste de ski. On constate qu'il y a de plus en plus d'écroulements, grands ou petits : 29/6/2012 au Moine, un écroulement traverse le sentier classique des balcons de la Mer de Glace ; 15/06/2014 aux Aiguilles Grises ; 2003 a été une année caniculaire riche en écroulements (18 dont les Drus) et effondrements et cela a accéléré les études sur le permafrost ; et encore récemment le 11/09/2011 aux Drus, ainsi qu'en octobre ...

Les Drus ont été choisis comme objet d'étude pour répertorier tous les événements passés qui ont laissé des traces sur cette aiguille et déterminer si les écroulements sont plus fréquents maintenant qu'autrefois. Nous sommes partis de 400 photos anciennes, en remontant jusqu'à la photo de Ruskin en 1854 qui date justement de la fin du petit âge glaciaire. Il apparaît ainsi clairement une augmentation de la fréquence mais aussi du volume des écroulements. La même étude a été faite sur l'ensemble du versant nord des Aiguilles de Chamonix. Il en ressort que, après la période des années 40, c'est notre époque actuelle, depuis 2000, mais encore plus depuis 2010, qui se caractérise par une recrudescence des écroulements.

Les écroulements sont liés à la dégradation du permafrost (c'est-à-dire les terrains qui restent gelés en permanence) du fait du réchauffement climatique. La présence de permafrost se détecte scientifiquement par des capteurs de température mais aussi simplement à l'œil, par exemple quand on voit, dans une paroi rocheuse, un glacier suspendu ce qui suppose que le terrain sous-jacent est gelé en permanence ; et aussi dans les formations superficielles (éboulis, moraines, ...) quand elles se déplacent, traduisant la présence de glace à l'intérieur (glacier rocheux). La présence de permafrost reste difficile à cerner et une thèse vient d'être soutenue à l'Université de Savoie pour proposer une modélisation du permafrost dans le massif du Mont-Blanc.Le permafrost peut mesurer de quelques mètres à quelques centaines de mètres d'épaisseur mais en surface il existe une couche qui dégèle et regèle chaque année et c'est cette couche, dite « active », qui pose problème dans les parois rocheuses; en effet, plus la couche active est épaisse, plus c'est la glace qui fait ciment profondément dans la montagne et plus elle fond et plus la montagne s'écroule.

La dégradation du permafrost ne crée pas un risque seulement pour les parois rocheuses mais aussi pour les formations superficielles ; ainsi les difficultés récentes apparues à La Griaz ne viennent pas seulement d'épisodes pluvieux majeurs mais de la fonte de la glace présente dans le glacier rocheux du Dérochoir, provoquant la libération de beaucoup de matériaux et des laves torrentielles à plusieurs reprises.

Pour surveiller l'évolution des parois rocheuses dans le massif, nous avons entrepris le recensement de tous les écroulements et éboulements, avec la participation de tous ceux qui sillonnent la vallée. Une application smartphone Alprisk a été réalisée et, gratuite et ouverte à tous, permet de compléter le recensement de tous les événements significatifs. Depuis que ce recensement a été mis en place, c'est 550 écroulements qui ont été répertoriés, ce qui est « dément »... mais permet de mieux comprendre comment ces écroulements se produisent : altitude, types de fracturation, ... Ceci a conforté l'idée que l'origine est bien liée à la dégradation du permafrost, à une altitude entre 3200 et 3500 mètres, plus souvent sur des versants ouest, ... En outre, l'observation des écoulements d'eau correspondant à la fonte de glace interne, voire l'observation de la glace elle-même juste après un écroulement, renforce l'idée que les écroulements sont bien liés à la dégradation du permafrost. On constate aussi que les écroulements se produisent là où le permafrost se dégrade plus facilement c'est-à-dire en contexte de pilier, d'arête ou d'éperon (exemple, le pilier Carpentier réputé le plus beau granit de la vallée et qui a lâché quelques années après avoir été ouvert).

Quant à l'Aiguille du Midi, si elle n'est pas menacée vu son altitude qui la protège de dégels (pour l'instant ...), elle constitue un véritable laboratoire pour l'étude de l'évolution du permafrost : instruments de mesure, forages à 10m de profondeur, capteurs de température sur chaque versant, permettent de comprendre comment la chaleur se propage dans la roche pendant l'été et évolue en cours d'année. On a ainsi fait apparaître que la chaleur continue à se propager au cœur de la roche alors même que la surface est de nouveau froide et même gelée ; on comprend mieux pourquoi les grands écroulements se produisent en décembre ou en janvier. On doit ainsi s'attendre à de grands écroulements cet hiver, à cause de la forte chaleur de cet été.

Les conséquences sont bien évidemment des risques pour les personnes, randonneurs, alpinistes, etc. mais aussi pour les infrastructures de haute montagne : plus de 1600 infrastructures sont présentes en contexte de permafrost dans les Alpes françaises, avec notamment de nombreux pylônes de téléphériques installés sur des moraines ou des éboulis menacés par un réchauffement. Enfin, il y a aussi des risques pour les fonds de vallée car les écroulements peuvent provoquer avalanches ou laves torrentielles, ou encore atterrir dans des lacs de glaciers, de plus en plus fréquents, en créant des tsunamis dévastateurs. Ces risques justifient qu'on étudie et surveille de près ce phénomène de dégradation du permafrost.

Intervention de Monsieur Eric Fournier, président de la Communauté de Communes de la Vallée de Chamonix

Les collectivités de montagne sont de plus en plus confrontées à de nombreux et difficiles problèmes et je remercie l'ARVAC de m'inviter à cet échange avec ses membres. Parmi toutes les questions que vous avez soulevées pendant votre introduction (difficultés financières liées à la réduction des subventions et à l'augmentation des péréquations, nouvelles contraintes administratives, nouvelles exigences d'urbanismes avec la loi ALLUR peu adaptée à une station de montagne, impact du PPRA sur l'environnement, lutte contre la pollution de l'air, station de lavage automobile aux Praz, impact du réchauffement climatique sur les risques d'inondations) je me limiterai aux problèmes principaux puis essaierai de répondre à quelques questions.

Situation financière et administrative: Alors que nous subissons une réforme administrative et territoriale lancée sans grande concertation, nous sommes heureux d'avoir lancé depuis 4 ans notre communauté de communes et nous en poursuivons l'intégration, tout en respectant les spécificités de chaque commune, à un rythme adapté aux demandes, sans avoir fixé un terme précis à cette intégration. Nous cherchons surtout à mutualiser les politiques publiques pour arriver à travailler mieux et pour moins cher, en respectant nos diversités. Malheureusement, les moyens financiers de notre intercommunalité ne sont pas à la hauteur de nos attentes initiales car l'Etat a changé la donne et, en instituant le Fonds de Peréquation, vient nous retirer trois fois plus que ce qu'il nous retire déjà par la baisse de la Dotation Globale de Fonctionnement. Censé être créé en prenant aux communes riches pour donner aux communes pauvres, ce Fonds est très injuste pour notre communauté de communes ; alors que la richesse moyenne chez nous est inférieure à la moyenne régionale et très inférieure à la moyenne départementale, nous sommes « taxés » sept fois plus que les annéciens, et ceci à cause du coefficient de DGF très défavorable aux communautés de communes de montagne. Je suis intervenu auprès des élus et du gouvernement ; la question doit être revue en principe d'ici la fin de l'année mais tant que le texte parlementaire modifiant les dispositions actuelles n'est pas connu, on ne peut pas être sûr de ce qu'il en ressortira. Nous devons donc, indépendamment des modifications espérées, avoir une stratégie financière adaptée ; nous développons l'intercommunalité avec poursuite des mutualisations et recherche d'économies. Au chapitre des recettes, nous développons la valorisation des actifs valorisants pour la communauté (mise en location de certains locaux propriétés communales, comme par exemple à La Tournette) pour être un peu moins sensibles à l'ajustement par le relèvement de la fiscalité locale. Nous réfléchissons aussi aux conséquences positives sur le plan financier d'éventuelles évolutions structurelles comme un élargissement de la communauté de communes ou une fusion des communes actuelles.

Qualité de l'air : nous sommes tous, à tout niveau, complètement engagés dans ce combat ; et je me bats quotidiennement pour l'image de notre vallée car s'il ne faut rien nier, il ne faut pas non plus faire porter à la vallée de Chamonix l'ensemble des difficultés qui existent dans la vallée de l'Arve. Le niveau de pollution à Chamonix n'est pas celui de Passy ou d'ailleurs.

Notre action est à deux niveaux :

- à long terme, nous menons une politique d'amélioration du bâti avec une rénovation énergétique des bâtiments et abondement par la commune du CITE (crédit d'imposition transition énergétique)

- à court terme et en vue de résultats plus rapides, nous agissons au niveau des transports collectifs : le train Mont-Blanc-Express poursuit sa mise en place progressive, avec du retard certes à cause de difficultés entre RFF et le fabricant suisse du nouveau système de signalisation, et l'augmentation de la fréquence des trains n'interviendra qu'en décembre 2016. Un nouveau contrat de service public a été passé avec l'entreprise de bus urbains ; il reste à espérer que la qualité du service sera au rendez-vous car jusqu'à présent le grand succès a nui à la qualité de la prestation, notamment en haute saison touristique. Enfin nous demandons à l'Etat d'une part de limiter la vitesse à 80 km/h sur toute la route blanche de Servoz à Chamonix toute l'année (soit 5 à 7% de moins sur les émissions de dioxyde d'azote) et d'autre part, en période hivernale, d'interdire les camions Euro3, les plus polluants.

Urbanisme : La loi ALLUR a les vices de ses vertus ; elle vise à la densification des centres urbains et à une production de logements plus importante. Mais son application brutale, et notamment la suppression du COS, à une vallée hautement touristique comme la nôtre a des conséquences que nous ne pouvons cautionner : doublement des permis de construire sur le premier semestre 2015, avec des surfaces à construire déraisonnables par rapport au terrain et au secteur de type résidentiel. Par ailleurs, nous avons mis en révision notre PLU, cela ne peut se faire que dans des conditions strictes et va prendre un peu de temps ; à l'arrivée, par les modalités inscrites dans ce nouveau PLU (hauteur, coefficient d'emprise au sol), certaines questions vont se trouver réglées et permettre, dans certains cas, un retour à des limites raisonnables mais en attendant nous avons donné instruction aux commissions d'urbanisme de refuser ce qui leur paraissait inapproprié.

QUESTIONS DES PARTICIPANTS

Dégradation du manteau forestier sur le versant Plan de l'Aiguille : il s'agit d'une atteinte très importante d'un parasite, le scolyte, qui touche toute la vallée, plus particulièrement après un hiver peu rigoureux. Nous avons voté les crédits communaux pour mener à bien des abattages, en cours y compris pendant l'été, en concertation avec l'ONF.

Hyper-chalets, certains existent déjà : c'est la conséquence de la loi ALLUR et leur existence est tout à fait légale. Nous n'avons pas pu dans un premier temps nous y opposer. Maintenant, avec le PLU en révision, nous avons un argument pour nous y opposer et j'ai obtenu l'accord du conseil municipal pour exprimer des refus même au risque d'être attaqué devant le Tribunal Administratif. Il sera d'ailleurs intéressant de voir comment celui-ci conciliera loi ALLUR et Grenelle de l'environnement ... Proposition de François LEBLOND : en tant qu'administrateur de la FARSM – qui tenait hier son AG et y évoquait ce même problème – je propose de créer une commission avec des membres de l'ARVAC et de la FARSM ainsi qu'avec des parlementaires concernés par cette question et de rédiger une proposition de loi pour avancer au plus vite vers une solution ; nous y travaillerons dès septembre prochain. Un participant souligne l'intérêt qu'il y aura à faire ce travail en liaison avec les deux parlementaires chargés de « l'acte II de la loi Montagne ».

Stationnement de plus en plus difficile aux Houches pendant les vacances d'hiver et probablement encore plus en février prochain avec le Kandahar: ce serait plutôt au maire des Houches de vous répondre mais je peux dire que sur le plan intercommunal nous travaillons sur l'amélioration du réseau de bus urbains et Les Houches est un site prioritaire pour lequel il faut revoir les fréquences, les zones de stationnement,... Pour le Kandahar, on va calquer le plan «intempéries» (c'est-à-dire les dispositions à prendre si toutes les remontées de Chamonix sont fermées et que tout le monde va skier aux Houches) qui consiste à neutraliser certaines routes y compris une partie de la route blanche pour ne laisser que l'accès aux bus.

Etat des routes en général et particulièrement celle de La Joux : la rénovation du réseau routier fait l'objet d'une programmation pluri-annuelle, en tenant compte des priorités. Je n'ai pas en tête la date prévue pour la route de La Joux mais s'il y un besoin urgent, on peut le traiter ponctuellement.

Que deviennent les conteneurs destinés aux déchets verts ? Il est vrai que si la collecte par molochs pour les ordures est satisfaisante, la collecte des déchets verts est à revoir. C'est un chantier que nous avons à mener. Je signale que l'intercommunalité va acquérir un broyeur pour le mettre à disposition des habitants qui en ont besoin.

Quel devenir pour l'hôtel Coutet et notamment pour les éléments décoratifs de l'intérieur ? Nous souhaitons conserver ce bâtiment mais il faut rentabiliser le coût de la rénovation et donc savoir à quoi l'utiliser. Ce devrait être tranché d'ici la fin de l'année.

Signalisation intempestive et agressive au Temple de la Nature au Montenvers : c'est tout le site du Montenvers qui mérite un programme de mise en valeur ; nous travaillons à un grand projet dans le cadre de la Commission Nationale des Sites et en association avec le Préfet et la DREAL, pour toiletter tout le site tout en maintenant un accès au glacier.

Risques et gênes occasionnés par le dépôt de carburants des Bossons, au Monquart : j'ignorais qu'il y avait des difficultés de voisinage à cet endroit ; je vais m'informer et m'en préoccuper.

PPRA – Où en est-on et quelles conséquences pour les habitations en zone à risques : le PPRA a été approuvé en juin dernier et est donc opérant. Il comporte des indications sur les mesures à prendre ; ce sont des décisions de l'Etat et la commune n'a pas à les interpréter, même si elle est bien consciente que certaines décisions sont adaptées et d'autres tout à fait hors de propos. Si des questions se posent, nous les transmettons à la cellule Prévention des Risques à la Préfecture.

Après ces interventions, la séance de l'Assemblée Générale est levée à 19h. 15.