Intervention d’Eric FOURNIER à l’AG d’août 2019

François LEBLOND accueille Eric FOURNIER et le remercie de venir se prêter à cet exercice annuel de rencontre avec nos membres.

Il rappelle les questions qui nous intéressent particulièrement : l’évolution des finances de la commune, la suite du projet Place du Mont-Blanc après le départ de la caserne des pompiers, l’évolution des règles urbanisme avec une éventuelle ouverture vers des dispositions décentralisées et enfin la possibilité que les concertations publiques locales se passent à des périodes de vacance afin que les propriétaires de résidences secondaires puissent être présents.

Eric FOURNIER redit tout l’intérêt qu’il porte à cette rencontre qui lui donne l’occasion de mieux comprendre nos préoccupations. Puis il aborde les sujets suivants :

FISCALITE : Les finances locales vont bien et même très bien ; restauration de la capacité d’autofinancement, désendettement sensible, nouveaux investissements réalisés sans emprunt, ont conduit à une situation saine et bien restaurée, pour faire face à la baisse des dotations de l’Etat et à l’augmentation des prélèvements pour le fond de peréquation .                                                         Nous n’avons pas procédé au relèvement de la taxe d’habitation des résidences secondaires, contrairement à d’autres communes de Haute-Savoie, et ne le ferons pas. En revanche, nous gérons de façon plus dynamique nos actifs.

REMONTEES MECANIQUES : La Flégère sera opérationnelle pour l’hiver 2019/2020, avec une installation moins sensible au vent et assurant un débit maximal de 2000 pers/heure dimensionné de façon réaliste ; il nous reste à bien prévoir les possibilités de stationnement dont nous ne souhaitons pas étendre l’emprise tant au Brévent qu’à La Flégère.                                                                                              Aux Grands Montets, depus l’incendie, nous avons travaillé avec la Cie du Mont-Blanc sur le cahier des charges de la future remontée, avec pour principes : continuer à accéder au sommet de l’Aiguille des Grands Montets, pas d’augmentation de la capacité de cette remontée et donc débit théorique inchangé, amélioration qualitative avec une gare mieux située. Fin 2019, nous espérons obtenir les autorisations nécessaires y compris ministérielle. Travaux à prévoir en 2020 et 2021, avec une incertitude sur la date de fin qui ne permettra peut-être pas l’ouverture pour la saison d’hiver 2021/2022 …                                                                                                                                                                   Pour Le Tour – Charamillon, l’absence de maîtrise foncière sur les zones de stationnement a conduit à décider de reconstruire la gare de départ sur le site existant, l’installation d’un appareil qui irait plus haut que l’actuel avec destruction de la gare intermédiaire actuelle et reconstruction d’une nouvelle gare enterrée pour préserver ce site d’alpage exceptionnel.   On envisage une ouverture pour l’hiver 2021/2022.

TRANSPORTS  : Nouveauté pour le train, la cadence d’une demi-heure est assurée en période estivale jusqu’aux Houches. Le taux de remplissage des transports collectifs est en nette augmentation et nous continuons à favoriser sa progression. Les pistes cyclables progressent aussi : Les Houches- Chamonix va être terminée dans quelques semaines, Chamonix – Les Praz démarre cet automne. Il nous reste à trouver un moyen de mutualiser les différents modes de transport par le biais d’une autorité commune de gestion à inventer.

CLASSEMENT SITE UNESCO : Question assez compliquée. Nous avons déposé deux dossiers ; le premier en 2011 dans la catégorie « Bien immatériel – Alpinisme » sera examiné à Bogota en décembre prochain, avec le soutien de Courmayeur, Cervinia et Zermatt. Le second dossier de candidature concerne l’Espace Mont-Blanc (Valais, Val d’Aoste et Communauté de Communes de la vallée) et est proposé dans la catégorie « Territoires » avec, pour objectif, non pas de faire venir plus de monde dans cet espace mais d’obtenir plus de moyens pour le mettre en valeur et le protéger et, pour argument, le lien exceptionnel entre les hommes et le site naturel qu’ils habitent.

URBANISME/ TOURISME : Selon les désirs que vous avez été nombreux à exprimer dans la concertation du PADD, nous nous dirigeons vers une réduction des droits à construire et un maintien de l’équilibre entre population résidentielle et population permanente. Vis-à-vis du tourisme, on constate stabilité voire légère baisse sur le nombre de nuitées ; et pourtant, on a le sentiment d’une augmentation de fréquentation. Cela est vrai car il y a une nette augmentation des visites d’une journée (+10%), avec comme catégorie de visiteurs les plus nombreux les gens en vacances en Haute-Savoie ou en région Rhône-Alpes. C’est bien mais cela demande réflexion … Il va falloir envisager une régulation des flux d’excursionnistes pour ne pas saturer nos équipements et détériorer la qualité de l’environnement.

EVOLUTION CLIMATIQUE ET CONSEQUENCES : C’est une réflexion menée en commun au sein de l’Espace Mont-Blanc avec l’aide des travaux des scientifiques très présents dans cet espace, l’ARPA (Agence Régionale pour la Protection de l’environnement de la vallée d’Aoste) et le CREA (Centre de Recherches des Ecosystèmes d’Altitude). Les prévisions, selon différents scenarii, aux horizons 2030,2060 et 2085, font très clairement apparaître des évolutions préoccupantes : relèvement de la température moyenne estivale, neiges éternelles limitées au sommet du Mont Blanc, précipitations à peu près inchangées globalement mais augmentation forte de la pluie hivernale en dessous de 2300/2500 m et diminution inverse des précipitations estivales. On a évalué les conséquences prévisibles sur l’activité humaine  en matière d’agriculture, tourisme, risques naturels, énergie, biodiversité, santé, et forêts. On a étudié plus particulièrement l’impact en haute altitude (2800/4800 m) mais tout est déjà irréversible jusqu’en 2050. On va soumettre en Novembre à la population ce qu’il conviendrait de faire au niveau des activités humaines pour s’adapter en moyenne altitude et en fond de vallée (eau, agriculture, énergie et refroidissement, …)

QUESTIONS/ REPONSES :

  • Q : Pouvez-vous donner des précisions sur les choix faits au Tour ?
  • R : On va donc recréer la gare de départ au même endroit, même si personnellement je regrette ce choix. Il y a eu des mobilisations de riverains, une association qui s’est créée, les propos tenus n’ont pas forcément tenu compte de l’intérêt général et ont contribué à faire capoter la solution préconisée en rive droite de l’Arve et qui réglait tous les problèmes de circulation et de stationnement. La solution choisie va laisser en l’état les difficultés actuelles, il ne faut pas maintenant demander de modifier des ponts quand on a refusé la solution intelligente qui était proposée.

 

  • Q : L’équipement de la gare SNCF du Fayet est très malcommode, sans ascenseur, ni escalator, compliquant les allées et venues des voyageurs. Pourriez-vous intervenir auprès de la SNCF pour faire améliorer ce point ? Par ailleurs, comment assurer les correspondances vers Chamonix quand le TER est arrivé en retard au Fayet ?
  • R : La bonne nouvelle est qu’en décembre la mise en place complète de CEVA (Cornavin –Eaux Vives-Annemasse) va s’accompagner d’une meilleure desserte jusqu’au Fayet, avec un train par demi-heure aux heures de pointe. Cela implique essentiellement des infrastructures rénovées mais il y aura aussi une amélioration des quais. Nous nous battons avec le maire de St-Gervais pour arriver à un fonctionnement type RER pour Genève-Le Fayet car la vallée de l’Arve a encore des équipements à l’ancienne avec des aiguillages manuels ! Et il est important qu’on puisse rejoindre Le Fayet aisément … et à l’heure prévue car il n’ya pas de possibilité de modifier les correspondances vers Chamonix .

 

  • Q : La conciliation de l’esthétique avec les équipements publics ou collectifs est délicate. Si la suppression de la caserne des pompiers nous enchante, le bâtiment de la nouvelle usine de matériel de montagne à La Vigie nous paraît bien rude … Et qu’en sera-t-il du site du Montenvers ?
  • R : Place du Mont-Blanc, nous voulons conserver l’aspect dégagé qui vient d’être retrouvé ; en outre, s’agissant d’une zone violette du PPR Inondations, on ne peut pas reconstruire. On va donc aménager un espace vert bien pensé.

L’usine Simon, déjà déplacée une fois de Chamonix aux Houches, envisageait une délocalisation ; on peut être satisfait de la voir rester dans la vallée en y conservant 50 emplois autres que dans le tourisme. La façade plait à certain et déplait à d’autres … l’environnement peut être repensé et paysagé d’une façon à mieux insérer le bâtiment dans son site. Nous y travaillons avec M. Simon.

Pour le site du Montenvers, on va enlever la télécabine actuelle, installer un équipement le plus discret possible qui ira jusqu’aux Echelets, poursuivre la suppression de toutes les petites installations diverses et variées pour tout ramener en sous-sol de la terrasse existante et y développer un site sur le thème du changement climatique (sous la direction du responsable de la conception du site de la Grotte Chauvet en Ardèche).

Q : Où en est le projet de rénovation du Musée Alpin ? Nous n’avons pas entendu parler de consultation, comme annoncé, à son sujet.

R : Le projet préparé par la ComCom est insuffisant et je regrette que les associations concernées n’aient pas toutes été consultées. Le projet n’est pas assez abouti, à mon avis, car manquant trop de contenu ; en l’état actuel, il n’a pas été validé. En outre, il y a un problème avec le financement, le coût de7 M€ étant prévu sans cofinancement ; cela est donc aussi à revoir. Enfin, je souhaite que ce musée, rénové, s’inscrive dans un réseau avec d’autres sites de la vallée et avec d’autres équipes.

Q : Si les deux courts de tennis couverts récemment construits sont une très belle réalisation, il demeure aux Iles à Argentière une « verrue » presque à l’abandon. Qu’est-il prévu pour la résorber ou l’améliorer ?

R : Cet équipement est obsolète, énergivore et pratiquement pas utilisé ; il ne sera ni rénové ni reconstruit. On envisage une reconversion du site, peut-être en pôle artisanal.

Q : Où en est la qualité, ou la non-qualité de l’air à Chamonix ? et où en est le Lyon-Turin ?

R : Sur la ville de Chamonix, la qualité de l’air en termes de PM est en constante amélioration et en-dessous des normes de l’OMS. Nous sommes souvent associés, à tort, aux mauvais résultats de la vallée de l’Arve, provoqués par le verrou industriel Passy-Sallanches. Celui-ci peut et doit s’améliorer avec la poursuite de la lutte contre les chauffages au bois non régulés et des progrès dans l’usine de produits carbonés à Chedde. En revanche, les effets du transport s’aggravent et la pollution par les oxydes d’azote continue. Nous continuons à améliorer les transports collectifs mais nous devons toujours nous battre pour que le report modal se mette en place, malgré la mauvaise volonté de l’Etat : toujours pas de réponse sur l’expérimentation de « l’autoroute ferroviaire alpine» avec un point de chargement éloigné de la vallée pour inciter les transporteurs à l’utiliser sur une longue distance. Quant au Lyon-Turin dont on attaque régulièrement le coût, il faut le dédier principalement au frêt, sans se lancer dans de coûteuses infrastructures d’accès pour des voyageurs. Et là il devient aisément finançable et nous militons activement pour cette solution !

Q : Qu’est-ce qui est prévu pour ne plus connaître des pannes à répétition et simultanées sur les remontées mécaniques ?

R : Il est vrai que l’hiver dernier a été assez catastrophique. Nous sommes déterminés à faire ce qu’il faut pour que cela ne se renouvelle pas l’hiver prochain. Nous avons demandé au président des remontées mécaniques, sans indulgence, d’analyser les causes  et d’y remédier; il ne s’agit pas de reprocher les conséquences d’une tempête ou d’un incendie, en revanche que des aléas d’exploitation quotidienne se produisent - notamment du fait d’une maintenance insuffisante - n’est pas admissible et c’est la collectivité qui en est comptable vis-à-vis des usagers. Il y a un comité de suivi bihebdomadaire sur les investissements réalisés, c’est à lui de veiller à ce que ceux-ci soient bien conformes à la délégation de service public et exécutés à temps. De notre côté, nous avons à être plus vigilants, en particulier à La Flégère où les nouveaux matériels vont augmenter le trafic. Et nous avons bien l’intention d’être à la hauteur pour le rendez-vous de cet hiver.

L’heure avancée oblige à clore cet échange ; après les remerciements de François Leblond à Eric Fournier, les participants se retrouvent pour le verre de l’amitié.